C’est un parcours hors du commun : un jeune Camerounais de 18 ans, Williams Kemadjou Tchatchoua, vient de recevoir la médaille d’or du meilleur ouvrier en métallerie de Bretagne, dans l’ouest de la France. Et il est sans-papiers. Parti du Cameroun, seul, en 2014, il a traversé le Nigeria, le Niger, l’Algérie et le Maroc, avant d’atterrir en Bretagne presque par hasard.
Sa médaille d’or, il l’a gagnée en fabriquant une hydrolienne. Il était le moins formé des participants. Le jury a été épaté. Une forme de revanche pour Williams Kemadjou Tchatchoua après un vrai parcours du combattant.
« J’ai préféré m’éloigner que de vivre dans ma famille dans la pauvreté, témoigne-t-il. Au nord du Maroc, c’était là le plus difficile, parce que nous sommes passés sur des grillage de 7,5 mètres avec en plus des fils barbelés avec des policiers des deux côtés. Quand je suis arrivé en France, c’était à Paris. Je suis arrivé à la gare. J’ai vu Rennes, j’ai pris Rennes. »

Rennes, puis Quimper, puis Brest où il entame un CAP en métallerie serrurerie. Il vit aujourd’hui dans une famille d’accueil. « Tant que je suis scolarisé, poursuit-il, il n’y a pas trop de problèmes, mais je m’inquiète plutôt pour mon avenir parce qu’après le lycée, si je trouve un contrat d’apprentissage, je ne pourrai pas parce que je ne suis pas régularisé. Et je n’aimerais pas perdre cette famille comme j’ai déjà perdu la mienne. »
« Il peut être arrêté »
Le lycée le sélectionne pour participer aux olympiades régionales des métiers à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor). Il en repartira mi-octobre avec une médaille d’or après avoir fabriqué en trois jours une hydrolienne de 40 kg, un engin dont il découvre l’existence en même temps qu’il le façonne.
« Williams nous a beaucoup étonnés. Il est arrivé sans aucune expérience professionnelle, contrairement aux autres participants » en BAC pro, se souvient Lionel Moretto, l’un des membres du jury. Il participera aux finales nationales à Bordeaux en mars prochain, avant de peut-être s’envoler pour Abou Dhabi en octobre 2017 pour représenter la France à ce concours international.
« A n’importe quel moment il peut être arrêté et ramené au Cameroun », rappelle cependant l’un de ses anciens éducateurs Samuel Join, qui continue à le suivre bénévolement.

