Le directeur général de l’Ecole Supérieure Africaine des Techniques de l’Information et de la Communication (ESATIC), Adama Konaté dresse des perspectives prometteuses pour l’établissement. Il donne les raisons qui l’ont poussé à engager la grande école spécialisée dans les TIC dans une démarche qualité et parle des perspectives, notamment en termes de développement et de la collaboration avec le secteur privé.
Créée en 2012, l’Esatic a parcouru du chemin. Etes-vous satisfait des résultats obtenus ?
A la création de l’ESATIC en 2012, les missions qui nous ont été assignées, à travers le décret, étaient des missions d’intérêt public de formation, de recherche et de développement de partenariat, afin de mettre à la disposition de notre pays des cadres et techniciens dans le secteur des TIC, de la cybersécurité, de l’informatique et des télécommunications. Il s’agit de contribuer à la mise en Å“uvre de la stratégie nationale de l’Etat en matière de développement des TIC. Nous nous sommes déployés à travers deux plans stratégiques, notamment celui de 2013 qui a permis de fixer les grandes premières orientations qui étaient de créer à l’ESATIC des formations compétitives, des formations qui satisfont le secteur privé. Nous avons mis en place une gouvernance qualitative qui a permis de positionner l’ESATIC comme l’un des meilleurs établissements de la région en matière de formation en TIC. En 2017, nous avons fait le bilan de ce plan stratégique, en liaison avec le secteur privé et nous sommes repartis sensiblement sur les mêmes orientations, mais en regroupant les trois premières. Les principaux axes stratégiques premiers ont été maintenus et nous travaillons dans ce cadre global. Au total, nous avons formé ces dernières années 592 étudiants de licence, qui ont obtenu une licence professionnelle ou une licence générale à l’ESATIC. L’établissement a formé également 159 Masters, avec un taux d’emploi qui est en moyenne de 87% de ces effectifs dans une période de six mois qui suit la sortie de nos étudiants.
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A ce jour, combien de projets sont sortis de la cellule d’innovation et de développement que vous avez créée en 2016 ?
Il y a plusieurs projets. Ce laboratoire a été créé à l’initiative des orientations du ministre de l’Economie numérique et de la Poste, qui nous a incité à multiplier les efforts pour développer des projets qui peuvent faire l’objet de création d’entreprises par nos étudiants. Dès les premiers, l’ESATIC a été désignée prix d’excellence du Président de la République en 2018 et en 2019, nous avons développé une application pour le secteur de l’assurance, en liaison avec la Société ivoirienne d’innovation numérique (SIIN), qui a obtenu également le prix d’excellence du Président de la République cette année-là . Je voudrais saluer cette initiative qui, chaque année, développe plus d’une dizaine de projets qui sont normalement opérationnels. Ces projets sont majoritairement portés par des étudiants qui poursuivent leurs études et nous espérons que ces projets fassent l’objet de création d’entreprises. En ce qui concerne la SIIN qui a obtenu le prix d’excellence, ce projet emploie plus d‘une vingtaine d’étudiants dont une bonne partie venant de l’ESATIC. Plusieurs projets opérationnels sont portés par les étudiants. Mais après, il faudra les murir au sein de la Fondation jeunesse numérique du ministère, de sorte à aider les étudiants à trouver les financements pour développer leurs projets. Je suis persuadé que ces projets feront l’objet de création d’entreprise dans les années à venir.
Les acteurs du secteur privé, à l’exemple de SIIN, approchent-ils en grand nombre l’ESATIC pour le développement de projets ?
Chaque année, nous avons au moins une dizaine d’entreprises qui sollicitent l’ESATIC pour le développement des projets au sein de l’entreprise. Ces entreprises nous proposent des thématiques sur lesquelles nous travaillons pendant toute l’année. En général, ces projets sont confiés à des étudiants de Master 1, qui commencent à les développer au cours de leur première année et en font, en deuxième année, l’objet de leur stage de fin d’étude.
En termes d’équipements, à quel niveau êtes-vous ? N’avez-vous pas de problème dans ce domaine du numérique qui évolue très vite ?
L’Etat a fortement équipé l’ESATIC. Les partenariats noués avec les opérateurs et les équipementiers ont permis également d’acquérir un certain nombre d’équipements. Mais en technologie, on a toujours besoin d’équipements. Donc nous espérons que les futurs budgets que l’Etat mettra à la disposition de notre institution permettront de renforcer le niveau d’équipement de l’institution et de nous positionner parmi les meilleurs établissements, les mieux équipés pour assurer des formations de pointe. Mais surtout pour renforcer l’employabilité de nos étudiants.
Quel rapport l’établissement entretient-il avec le secteur privé ? Etes-vous satisfait de leur collaboration?
Totalement satisfaits du secteur privé. En effet, l’ESATIC est un partenaire privilégié du secteur privé qui est fortement représenté au niveau de sa gouvernance, à savoir le conseil de gestion. Dans le comité d’organisation des concours chaque année, le secteur privé est représenté à 5 membres contre 5 administratifs. A les opérateurs nous soutiennent par fortement chaque année à travers le fonds de recherche et de normalisation. Il y a aussi des projets que nous initions avec des entreprises du secteur privé, notamment la CIE, le Groupement des opérateurs des TIC (GOTIC), l’Association des directeurs des systèmes en information de Cà´te d’Ivoire, les opérateurs de téléphonie, les équipementiers qui sont presque tous partenaires de l’ESATIC… Ces entreprises apportent des concours directs et indirects au bon développement de l’institution mais nous attendons davantage d’eux pour permettre à l’ESATIC d’aller encore plus loin dans sa stratégie de développement de projets et dans sa stratégie de formation de cadres qui soient directement opérationnels lorsqu’ils arrivent sur le terrain.
Qu’est-ce qui est fait pour améliorer le curricula et mieux répondre aux besoins du secteur privé ?
Pour bien répondre au secteur privé, il faut interagir avec le secteur privé. Il faut travailler avec le secteur privé. L’ESATIC a dans son conseil de gestion la CGECI, au conseil scientifique le GOTIC, au niveau des concours le GOTIC (tous les opérateurs du secteur des TIC), l’UNETEL, qui réunit les opérateurs de la téléphonie et, au-delà de ces faitières, nous avons des interactions avec la chambre de commerce européenne et un grand nombre d’entreprises individuelles ivoiriennes qui nous soutiennent et nous apportent leur contribution dans l’élaboration des contenus pédagogiques et dans le placement en stage de mes étudiants. Nous associons systématiquement le secteur privé pour que ces professionnels nous disent clairement ce qu’ils attendent des profils qui vont sortir. Et ce sont les propositions du secteur privé qui nous permettent de traduire en volumes horaires, en syllabus, les contenus de ces différentes formations. Toutes nos formations sont accréditées par le CAMES et le ministère de l’enseignement supérieur. En ce moment, nous préparons l’ouverture de trois nouvelles formations de pointe pour la rentrée d’octobre 2021.
Quelles sont ces formations ?
Il s’agit pour la première formation du diplà´me d’Experts en réseau, infrastructures et sécurité (ERIS) ; pour la seconde, de Managers de solutions digitales et Data (MSDD) et pour la troisième d’IBEAR qui est un Master en intelligence artificielle. Ces formations accréditées en France seront exécutées à l’ESATIC dans le cadre du hub franco-ivoirien mis en place pour permettre à des étudiants ivoiriens d’obtenir des diplà´mes franà§ais en allant dans des écoles africaines à moindre coà»t. L’ESATIC en ouvrira trois à la rentrée prochaine, ces formations très professionnalisantes vont nécessiter l’implication encore plus forte du secteur privé. Par ailleurs, nous sommes en discussion avec le secteur privé pour faire accepter le principe de l’alternance qui consistera à faire trois semaines de cours en classe à l’ESATIC et trois semaines de présence en entreprise. De sorte qu’au bout de deux ans, l’étudiant ait un Master professionnel avec un très fort taux de professionnalisation.
Avez-vous des étudiants qui ont intégré des écoles d’excellence pour de hautes études ?
En Tunisie, nous avons signé avec Esprit Tunis, Sup’com Tunis, deux établissements de pointe. Il y a également l’iNPT de Rabat. Par ailleurs, nous entretenons des relations avec l’ESMT de Dakar et en France, avec l’université de Bretagne occidentale (UBO) et IMT Atlantique de Brest, et avec Nice Sophia Antipolis et l’université de Cà´te d’Azur. En outre, pour les trois formations que nous préparons, nous avons défini un partenariat avec ESTIA Bastia, et surtout avec 3IL, un institut d’ingénierie informatique de Limoges, avec lequel nous allons travailler sur deux des trois nouvelles formations. Nos étudiants ont pu intégrer, avec de bons résultats, certaines de ces écoles, notamment Esprit Tunis, Sup’com Tunis, l’Institut Mines Télécom. Quatre années de suite, nos étudiants ont brillé par leurs à Tunis, au Maroc et Bretagne. Ces partenariats valorisent notre formation et montrent le matching qu’il y a entre notre formation et ce qui se passe dans ces différents pays.
Sur quoi entendez-vous mettre l’accent pour les prochaines années, afin de maintenir le cap ?
Les perspectives sont nombreuses. C’est la définition de nouvelles formations professionnalisantes, en liaison avec le secteur privé. Nous avons commencé et nous allons poursuivre le développement de ces formations, dans le cadre du hub franco-ivoirien. Ensuite, nous allons travailler à l’ouverture de l’alternance ; nous espérons que le ministère de l’Emploi, par des mesures courageuses en direction des entreprises, facilitera le développement de ce système en Cà´te d’Ivoire. A cà´té de cela, il faut qu’on développe la recherche qui est un pan que nous devons défricher, de sorte à développer avec les étudiants des applications qui pourront être brevetées ou mises à la disposition des entreprises. Mais également, nous devons faire de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée pour permettre aux enseignants d’être promu et d’avoir le grade universitaire. Ce qui va faciliter les conditions de formation et l’encadrement des étudiants qui sortiront de cette école. Pour huiler tout cela, l’ESATIC s’est engagée dans un processus qualité, en vue de normaliser l’ensemble de ses pratiques, à la fois au niveau de la formation et au niveau de la recherche. La finalité, c’est que les parties prenantes soient satisfaites de l’ensemble de la mission qui est confiée à l’ESATIC, particulièrement les clients et les parties prenantes que sont l’administration, les parents d’élèves, les entreprises, les étudiants, etc.
Qu’est-ce que la démarche qualité apporte de nouveaudans l’évolution de l’établissement ?
A vocation internationale, l’ESATIC a un grand nombre de partenaires, y compris l’Union internationale des télécommunications (UIT) qui en a fait un centre d’excellence. Notre rà´le, c’est de mettre sur le marché du travail des cadres excellents. Pour y arriver, il faut avoir une excellente organisation. Nous sommes sur un marché concurrentiel, donc c’est la qualité de nos prestations qui pourra nous distinguer des autres. La direction générale a donc engagé l’établissement dans une démarche qualité, dans le but d’obtenir une certification Iso 9001 version 2015. Le processus engagé en mai 2018 tire à sa fin. Nos clients principaux, ce sont nos étudiants. L’idée, c’est de leur offrir des prestations de qualité afin d’avoir, à la fin de la formation, des profils de qualité. Un diagnostic a été fait, qui a dégagé les points forts, les points faibles, les menaces et les opportunités. Sur cette base, un plan qualité a été conà§u qui est en train d’être exécuté. A ce jour, nous sommes à 98% de taux de réalisation des activités dans le cadre du processus. Il ne reste que deux grandes étapes à respecter pour aller à la certification : l’audit à blanc et l’audit de certification.
A mi-parcours du processus, avez-vous déjà des retombées ?
Le processus en cours a permis d’améliorer l’organisation de la structure. Il s’est installé cette culture du résultat et de la satisfaction client, qui peut être interne comme externe. L’organisation est beaucoup plus fluide, les activités sont beaucoup plus comprises par les différents acteurs et un tableau de bord est élaboré chaque fin de mois pour fixer des objectifs. Cela permet d’être plus efficaces, plus performants dans nos activités quotidiennes. Fondamentalement, on peut donc dire qu’en termes d’apport du système qualité, il y a une meilleure organisation, une meilleure fluidité au niveau des activités et une culture qualité s’est installée, avec derrière la notion de satisfaction client qui englobe toutes les parties. Les parents d’étudiants, les étudiants, le personnel, les opérateurs des TIC et des télécoms, etc. Notre rà´le, c’est de travailler à leur donner satisfaction. Et le résultat est là . Nous sommes arrivés à définir des fiches de poste, ce qui permet à chaque travailleur de savoir ce qu’il a faire au quotidien. D’ailleurs, cette meilleure organisation permet de gérer facilement la continuité de l’activité, au cas o๠quelqu’un n’est pas là .
Dans ce processus engagé, y-a-t-il un aspect qui touche directement à la qualité des produits qui sortent de votre établissement ?
Effectivement. il y a un aspect un qui touche à la qualité de de nos produits, qui sont les étudiants. Sur le terrain, pour les Master, nous avons 100% de taux d’absorption et pour les licences, un taux de 72%. Donc le résultat est là . Une meilleure organisation derrière permet de produire de très bons résultats. Chaque fois que nos étudiants participent à un concours, ils font la différence. Toutes les formations sont prises en compte dans le système qualité et il y a une très bonne organisation pour suivre l’exécution de l’ensemble des programmes. En termes d’équipement, l’ESATIC est bien en avance sur les industries. Ce qui fait que des opérateurs de téléphonie de la place viennent ici pour recycler leur personnel. Par exemple, nous formons déjà sur la 5G alors que les opérateurs sont encore sur la 4G. Nous avons mis en place un dispositif à la pointe car nous voulons être excellents, sortir des produits de qualité et la certification devrait nous permettre d’aller encore plus loin dans ce sens.
Au-delà de la certification Iso 9001, qu’envisagez-vous d’autre pour renforcer la qualité des produits ?
Le principe même de la certification, c’est l’amélioration continue. Ilfaudra donc, après la certification, travailler à relever le niveau de maturité du système à travers les audits de suivi ou de renouvellement. Parallèlement à ce processus, nous faisons la formation des professionnels sur la norme 27001 sur le management du système d’information avec certification à l’appui. A la longue, nous comptons implémenter cette norme. Mais le plus urgent, c’est de maintenir la norme 9001 et travailler à relever son niveau de maturité. Toutes ces actions accompagnent l’école dans son positionnement à l’international.
Interview réalisée par Emmanuel Akani, in Qualitas News 4

