Par la voix de son premier vice-président Eugène Malan, dans une déclaration, le Groupement des Artisans Miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) s’est prononcé sur les actions menées par l’État contre l’orpaillage clandestin. Tout en saluant la fermeté des pouvoirs publics, l’organisation plaide pour une accélération de la formalisation de la petite mine, afin de préserver l’existence des acteurs légaux du secteur.
Le Groupement des Artisans Miniers de Côte d’Ivoire (GRAMCI) rappelle que la petite mine constitue un levier essentiel de développement économique et social pour les populations rurales. Dans un contexte où l’État intensifie la lutte contre l’orpaillage clandestin, il appelle à distinguer clairement cette activité illégale, destructrice de l’environnement et des ressources, de l’orpaillage légal, encadré par la réglementation et porteur de retombées positives pour les communautés. « Le GRAMCI est contre l’orpaillage clandestin », a affirmé Eugène Malan, précisant que condamner la clandestinité ne revient pas à condamner l’orpaillage dans son ensemble.
Plaidoyer pour le développement de la petite mine
Le Groupement rappelle que la formalisation est engagée, avec plus de 800 autorisations d’exploitation artisanale et semi-industrielle délivrées en trois ans, soit davantage que durant toute la décennie précédente. Cette évolution présente trois bénéfices majeurs : la sécurisation des revenus des populations rurales, puisque l’exploitation minière artisanale et à petite échelle est réservée aux Ivoiriens et permet que la richesse créée demeure dans les territoires producteurs ; la professionnalisation des acteurs, grâce à la constitution de coopératives, à la formation managériale et à la traçabilité de l’or, un secteur qui fait vivre près d’un demi-million de personnes ; enfin la protection de l’environnement, puisque les sociétés légalement autorisées n’interviennent ni dans les forêts classées, ni dans les cours d’eau, ni dans les zones sacrées, et se soumettent aux études d’impact environnemental et social.
Ces exigences figurent désormais parmi les critères du Prix National d’Excellence de la meilleure structure du secteur des mines, qui a déjà distingué à deux reprises des entreprises ivoiriennes. Le GRAMCI cite notamment la mine semi-industrielle d’Eburnie Gold Fields à Koun-Fao, qui emploie 20 salariés permanents et plus de 80 journaliers, et qui s’est acquittée depuis 2022 d’environ 300 millions FCFA de taxes et impôts, de 200 millions FCFA de taxe ad valorem, de 375 millions FCFA pour des projets communautaires et de 180 millions FCFA pour la réhabilitation progressive du site. Pour généraliser ces pratiques, le Groupement a signé un partenariat avec la SODEMI afin d’accompagner une centaine de petits permis dans la recherche et l’évaluation de leurs ressources géologiques.
C’est pourquoi le GRAMCI rejette la proposition de moratoire, qu’il juge contre-productive. L’expérience de la région de la Mé, où les entreprises minières avaient suspendu leurs activités en 2024, souligne la déclaration, a montré que la suspension des opérateurs en règle n’a pas suffi à endiguer le phénomène, qui a continué de s’amplifier. Pour le Groupement, la solution réside dans une approche fondée sur la responsabilité, le dialogue et l’application effective de la réglementation, plutôt qu’une suspension qui pénaliserait les opérateurs légaux sans régler le problème de fond.
Maintenir la répression ciblée et formaliser l’orpaillage légal
Le GRAMCI estime que la Côte d’Ivoire doit assumer une politique reposant sur deux piliers complémentaires : une répression ferme, ciblée et continue de l’orpaillage clandestin et des réseaux qui le financent, et une accélération de la formalisation de l’orpaillage légal et responsable. Le Groupement s’appuie sur le bilan présenté lors du Conseil national de sécurité du 23 juillet 2026 pour rappeler que l’État est pleinement conscient de l’existence des exploitants légaux. Entre 2021 et le premier semestre 2026, plus de 8 500 sites illégaux ont été déguerpis, 4 474 individus déférés et près de 136 kilogrammes d’or ainsi que 960 millions FCFA saisis. Ces résultats traduisent la détermination des pouvoirs publics, illustrée par la création du Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal en 2021, l’action de la Brigade de Répression des Infractions au Code minier et le renforcement des moyens de surveillance avec la dotation des directions régionales et départementales des Mines et de la Géologie de 30 drones en 2025.
Le GRAMCI salue l’action de l’État, qui ne se limite pas à la répression. Une campagne nationale de sensibilisation, lancée en décembre 2023 par le ministre Mamadou Sangafowa-Coulibaly auprès de la Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels, a déjà couvert plusieurs districts du pays. En quatre éditions, elle a touché le District Autonome des Savanes en juillet 2024, le District Autonome des Lacs et la région du Moronou en juillet 2025, le District Autonome des Lagunes en septembre 2025, puis Séguéla en juin 2026 au bénéfice des régions du Bafing, du Béré et du Worodougou. Par ailleurs, un atelier national consacré à la transformation structurelle des petites mines a débouché en juillet 2025 sur un partenariat avec la Banque Mondiale et le Conseil Mondial de l’Or pour promouvoir une exploitation artisanale durable et responsable.
Emmanuel Akani

