Confronté aux ravages persistants de l’exploitation illégale de l’or, le gouvernement ivoirien a décidé de mettre la concertation directe et la responsabilisation des communautés au centre de sa stratégie. À Aboisso, chef-lieu du Sud-Comoé, une rencontre d’envergure s’est tenue le samedi 5 août 2026, en présence du corps préfectoral, des élus régionaux et de la chefferie traditionnelle. Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, y a rappelé l’importance stratégique du secteur minier pour l’avenir économique du pays.
Il a rappelé que le père fondateur, le Président Félix Houphouët-Boigny, avait privilégié l’agriculture au lendemain de l’indépendance, tout en prévoyant que les générations futures valoriseraient les richesses du sous-sol. « Le Président Alassane Ouattara, digne héritier du président Félix Houphouët-Boigny, s’inscrivant dans la vision du père fondateur et pour répondre aux besoins croissants de développement de notre pays, est arrivé à la conclusion que le moment est venu pour notre pays de prendre avantage de son sous-sol », a-t-il expliqué.
Cette volonté politique s’incarne dans une politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie, bâtie sur des principes non négociables : « L’un des principes est que l’exploitation de notre sous-sol ne doit pas se faire au détriment de l’agriculture, mais bien au contraire, l’exploitation de notre sous-sol doit se faire pour profiter au secteur agricole », a affirmé le ministre, ajoutant la préservation de l’environnement et l’équité dans la redistribution des revenus.
Abordant la situation dans les départements du Sud-Comoé, notamment à Aboisso, Mamadou Sangafowa-Coulibaly a reconnu les limites des mesures sécuritaires passées, rappelant opérations de déguerpissement initiées depuis plus d’une décennie, qui n’ont pu empêcher la résurgence du phénomène.
« Malgré toutes ces solutions, pourquoi le phénomène persiste ? Et nous sommes arrivés à une conclusion : c’est que le phénomène persiste parce que le tout-répression ne suffit pas. Il faut donner aux populations une alternative », a-t-il martelé, soulignant la nécessité de changement radical d’approche pour adresser la problématique. Selon lui, la clé réside désormais dans l’implication active des communautés et de la chefferie. « Il faut que nous mettions les communautés au cœur de la recherche de solutions », a insisté le ministre. Lors des échanges, il a appelé à un parler vrai indispensable pour éradiquer ce drame social et écologique, avertissant l’auditoire que « nous sommes tous perdants si cela persiste ».
Les dignitaires et cadres du Sud-Comoé ont exprimé leur pleine adhésion à cette nouvelle dynamique impulsée par le ministère. Dr Eugène Aka Aouélé, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC) et du Conseil régional, a qualifié l’orpaillage illégal de « catastrophe écologique et de réseau structuré de criminalité » fragilisant les terres agricoles et l’autorité de l’État. Saluant les actions du gouvernement et les interventions des forces de défense, il a souhaité que la concertation « passe de la seule neutralisation des sites clandestins à la reconquête durable des territoires ».
Pour sa part, le président de la Chambre Nationale des Rois et Chefs Traditionnels, Sa Majesté Amon Tanoé Désiré, a dénoncé les atteintes graves infligées aux ressources en eau de la région, rappelant que « nos communautés observent quotidiennement les effets de l’illégalité ». Insistant sur la proximité essentielle des chefs avec les villageois, le souverain a réaffirmé la disponibilité totale de la chefferie traditionnelle à relayer les messages de sensibilisation, à dénoncer les complices et à mobiliser les populations aux côtés des autorités minières.
Edouard Amichia





