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Mis à jour : 28 juin 2026, 07:52
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La France sabote le projet monétaire souverainiste de la CEDEAO (Pr Prao Yao Séraphin)

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Le grand Sun Tzu disait que « la meilleure stratégie est celle qui permet d’atteindre ses objectifs sans avoir à se battre ». En tout cas, tout porte à croire que sous l’ère Macron, la France est décidé à maintenir ses positions sans toutefois apparaà®tre impérialiste. L’adoption du projet de loi entérinant la transformation du franc CFA en ECO est un coup de maitre du gouvernement franà§ais. En réalité, c’est la suite logique de l’accord signé le 21 décembre 2019 entre le président Alassane Ouattara, au nom des pays de l’UEMOA et le président franà§ais, Emmanuel Macron, à Abidjan. Les ennemis du développement du continent africain veulent faire croire qu’il s’agit d’une révolution copernicienne alors que dans les faits, c’est une simple stratégie pour contrà´ler indirectement les économies de l’UEMOA sans paraà®tre impérialiste. En réalité, le nouvel accord est purement symbolique puisque la France continuera de contrà´ler les économies africaines au profit de ses entreprises.

Le projet de loi du 20 mai 2020 est purement symbolique

Depuis 1945, la France pille les fabuleuses ressources des pays africains de la zone Franc (PAZF), par le truchement de plusieurs canaux, dont le canal monétaire de l’accord de coopération monétaire. Avec l’accord du 21 décembre 2019, rien ne change sinon un aménagement de l’ancien accord pour briser l’élan patriotique des Africains quant à la reconquête de leur souveraineté monétaire. Pour ce faire, Macron n’a pas oublié la célèbre pensée de Léopold Sédar Senghor, qui disait que « l’émotion est nègre mais la raison est hellène ». Changer le nom et quelques dispositions marginales suffiront par calmer ces pauvres Africains : telle était l’idée qui a milité en faveur de la signature de l’accord du 21 décembre 2019, du cà´té de la France. D’ailleurs, la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, sur le perron de l’Elysée, est précise sur le sujet : « Cette fin symbolique devait s’inscrire dans un renouvellement de la relation entre la France et l’Afrique et écrire une nouvelle page de notre histoire ».

Pour celui qui a un minimum d’ingrédient intellectuel comprend sans effort, qu’il s’agit d’une arnaque monétaire de la France. Dans les faits, les trois changements dans cette réforme sont : le nom de Fcfa qui devient ECO, l’arrêt des dépà´ts de la moitié de nos réserves de change auprès du Trésor franà§ais et le retrait des instances de gouvernance, des fonctionnaires franà§ais. En quoi est-ce que la décision de retrait d’un intrus de votre maison doit constituer une prouesse de sa part ? Bien au contraire, de faà§on honteuse, la France reconnait qu’elle s’est immiscée dans les affaires monétaires des pays Africains sans invitation. De même, avec la pression des pays africains et mêmes occidentaux (l’Italie et la Russie), la France est obligée de mettre fin à ce honteux pillage de nos réserves de change, à travers le dépà´t de la moitié de nos réserves de change auprès du Trésor franà§ais. Cependant, la France va toujours contrà´ler les économies des pays de l’UEMOA avec l’accord du 21 décembre 2019.

Le contrà´le indirect des économies de la zone

La France se retire des instances de gouvernance de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sans retirer son influence sur les économies des pays Africains. Jusqu’à présent, le ministre des Finances et le gouverneur de la Banque de France participaient aux deux réunions annuelles, dont l’une se déroulait à Paris. Comme pour interdire aux Africains tout excès d’enthousiasme, le ministre des Affaires étrangères de la France, Jean-Yves Le Drian, rappelle ceci : « Le rà´le de la France évolue pour devenir celui d’un strict garant financier de la zone ». Qui peut nous convaincre de ce qu’un pays tiers peut apporter sa garantie à un autre sans contrepartie. C’est donc une faà§on subtile pour la France de contrà´ler les économies Africaines. D’ailleurs, le concept de « garantie » de convertibilité employé par les officiels franà§ais et les partisans de la relique coloniale est d’autant plus absurde que nous vivons depuis les années 1970 une ère post-Etalon or, o๠la monnaie émise par les à‰tats est de nature essentiellement fiduciaire. La valeur de la monnaie dépend du dynamisme de son économie et de l’acceptabilité des agents économiques. La France est supposée fournir toutes les devises nécessaires aux pays de la zone franc pour leurs importations.

Or le fonctionnement de la BCEAO (et de la BEAC) est paramétré pour qu’une situation de manque de devises arrive le plus rarement possible, voire jamais. Dès que ses réserves de change atteignent un niveau critique, la banque centrale prend des mesures restrictives, comme la limitation des possibilités de financement des économies de la zone – pour reconstituer ses avoirs extérieurs. Grà¢ce à ce mode de gestion, la garantie a été rarement activée pour les pays de l’UEMOA entre 1960 et aujourd’hui. En dehors de cette supposée garantie, la parité fixe pose encore un problème car la France continuera de jouer son rà´le de garant pour cette monnaie qui maintiendra également une parité fixe avec l’euro (1 euro = 655,96 francs CFA). Cette parité fixe permet aux entreprises franà§aises en zone franc, d’éviter un risque de change, c’est-à -dire, une perte liée à une variation du taux de change. Etant donné que les pays Africains constituent un déversoir de produits manufacturés et un réservoir de matières premières, il faut créer les arrangements monétaires qui sécurisent les investissements franà§ais en Afrique. C’est donc l’objet du maintien de la parité fixe. Du moment que la parité fixe avec l’euro est maintenue, les réserves de change, serviront d’abord et avant tout à la défense de cette parité.

Ces réformes ne rendent donc pas la BCEAO plus autonome : elle demeure une annexe de la Banque de France, rivée à la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Par-dessus tout, le projet de loi du 20 mai, en France, vise à saboter le projet monétaire souverainiste des pays de la CEDEAO. La vérité est que la France a peur de ce vaste projet des pays de la CEDEAO. On sait que le Nigeria, pays anglophone, est la première économie de la zone et le succès du projet est synonyme de la perte du pré carré-franà§ais en Afrique de l’Ouest. En court-circuitant le projet d’intégration monétaire des pays de la CEDEAO, la France sait que les pays anglophones n’accepteront jamais cette vassalisation monétaire. Du coup, les pays de l’UEMOA resteront les seuls pays à utiliser l’ECO tout en restant dans une servitude monétaire sous le joug franà§ais. La preuve est que le franc CFA ne disparaà®t pas complètement : les six pays d’Afrique centrale (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale et Tchad), qui forment une zone monétaire distincte, continueront à l’utiliser.

En définitive, le projet de loi franà§ais est un épiphénomène et une reconnaissance honteuse du pillage des économies Africaines par la France. La crise du Covid-19 a montré la fragilité des Etats qui n’ont pas adopté une vision stratégique de l’industrialisation. Or les pays africains ne sont même pas au stade de l’industrialisation. Il est urgent que ces pays utilisent pleinement tous les instruments à leur disposition pour aller très vite à l’industrialisation. La monnaie a sans aucun doute, un rà´le primordial à jouer dans tout processus de développement. Les pays de l’UEMOA n’ont rien compris à ce niveau et c’est dommage. Entre le franc CFA et l’ECO version Macron, la différence n’est pas nette car, entre le cochon et le sanglier, la seule différence notable est que le premier est au village et le second en brousse. D’ailleurs, lorsqu’on a un litige avec le cochon, il ne faut pas appeler le sanglier comme témoin.

Pr Prao Yao Séraphin, Enseignant-chercheur à l’université Alassane Ouattara de Bouaké

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