Wednesday 20 May 2026
/ Abdoulaye Diop, President de la Commission de l’UEMOA
Le rapport 2025 de la Commission de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), publié en début d’année, met en avant la résilience de l’économie sous-régionale malgré un contexte international marqué par de fortes turbulences. Entre tensions géopolitiques, instabilité des marchés mondiaux et crises persistantes — notamment en Iran et en Ukraine —au Niger, au Mali comme au Burkina Faso, pays membres de l’Union, l’espace communautaire semble avoir maintenu une dynamique de croissance relativement solide.
Présenté par Abdoulaye Diop, le document fait état d’un taux de croissance de 6,7 % en 2025 contre 6,2 % en 2024. Une progression portée principalement par trois secteurs clés.
Le secteur primaire enregistre une hausse de la production vivrière, soutenue par les performances de l’élevage, de la pêche et par les résultats encourageants des campagnes agricoles. Le secteur secondaire bénéficie, quant à lui, du dynamisme des industries extractives, manufacturières ainsi que de l’essor du BTP. Enfin, le secteur tertiaire poursuit son expansion à travers le développement des activités de services.
Une croissance encore dépendante de l’extérieur.
Mais derrière cette embellie économique et une inflation relativement maîtrisée, subsiste une fragilité structurelle : celle d’une économie encore largement extravertie.
Chaque État membre demeure enfermé dans une spécialisation primaire qui le place dans une situation paradoxale : exportateur de matières premières brutes, mais importateur massif de produits alimentaires de base.
Selon le rapport, 43 % des exportations de l’espace UEMOA sont destinées au marché européen, dont 21 % vers l’Union européenne. Une dépendance commerciale qui interroge la capacité réelle de la sous-région à construire une souveraineté économique durable.
Pourtant, la cartographie productive de l’UEMOA révèle une complémentarité géographique et agroécologique évidente. Malgré ces atouts, les États membres peinent encore à franchir le cap d’une véritable mutualisation des productions agricoles afin de garantir une autosuffisance alimentaire régionale.
Une orientation qui permettrait pourtant d’apporter une réponse structurelle à la vie chère, tout en donnant corps au préambule du traité de l’UEMOA, lequel appelle à « renforcer la complémentarité des appareils de production et réduire les disparités de niveau de développement entre les États membres ».
Cinq pistes pour bâtir une souveraineté alimentaire régionale
Face aux défis actuels et à l’horizon 2040, l’enjeu majeur pour l’UEMOA est désormais clair : transformer sa complémentarité agroécologique en véritable souveraineté alimentaire communautaire.
Le rapport 2025 identifie au moins cinq leviers opérationnels :
spécialiser les productions et renforcer les échanges selon les avantages comparatifs, substituer les importations de riz par une production communautaire, créer des chaînes de valeur régionales de transformation, mettre en place un mécanisme communautaire de résilience et libéraliser davantage le commerce intra-communautaire.
La première piste repose sur une meilleure spécialisation des territoires selon leurs potentialités naturelles.
L’espace UEMOA dispose en effet de trois grandes zones agroécologiques complémentaires.
Ainsi, la zone sahélienne composée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, est principalement orientée vers l’élevage, les céréales, les légumineuses et les oléagineux.
La zone soudano-guinéenne et forestière regroupant la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin concentre les cultures de rente, le riz pluvial, les tubercules, le maïs, l’huile de palme et les produits tropicaux.
La zone côtière et fluviale dominée par le Sénégal et la Guinée-Bissau est spécialisée dans la pêche, l’aquaculture et le riz irrigué.
Une mutualisation organisée permettrait alors de rééquilibrer les flux commerciaux régionaux : viande sahélienne contre tubercules et fruits tropicaux ; riz ivoirien et béninois contre céréales sahéliennes ; poisson sénégalais contre légumineuses maliennes.
Réduire la dépendance au riz importé
Le deuxième axe majeur repose sur substitution des importations de riz.
L’Union dispose d’un potentiel suffisant pour couvrir une large partie, voire l’intégralité, de la demande communautaire grâce à plusieurs bassins de production stratégiques la vallée du fleuve Sénégal, le delta intérieur du Niger, les bassins rizicoles de Côte d’Ivoire et du Bénin et les rizières de mangrove de Guinée-Bissau.
Une politique régionale ambitieuse fondée sur l’irrigation, la mécanisation, le stockage et la transformation pourrait considérablement réduire la facture des importations alimentaires tout en renforçant la sécurité alimentaire régionale.
Concernant les chaînes de valeur régionales, l’initiative IMPACT 2030, portée par l’UEMOA, vise à développer des industries de transformation capables de valoriser les matières premières locales au service de la souveraineté alimentaire.
Le programme met notamment l’accent sur la transformation du cacao ivoirien et togolais, le décorticage et la transformation de l’anacarde en Côte d’Ivoire, au Bénin et en Guinée-Bissau, le développement de la filière textile, la filière laitière à partir du cheptel sahélien et la valorisation du karité du Burkina Faso et du Mali dans les secteurs cosmétique et agroalimentaire.
Passer du marché commun à l’union productive
Le véritable défi pour l’UEMOA reste désormais politique.
Il s’agit de faire évoluer l’Union d’un simple marché commun vers une union productive intégrée, où les avantages comparatifs naturels de chaque État membre se renforcent mutuellement, au lieu de s’opposer dans une concurrence stérile sur les marchés mondiaux.
Autrement dit, l’enjeu n’est plus de produire séparément, mais d’organiser collectivement la complémentarité régionale.
Max Lincoln
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Titulaire d’une maîtrise d'économie appliquée et d’un DESS option information économique et sociale de l’Université Paris-Dauphine, Eliane ALANGBA a démarré sa carrière en 2005 sur les marchés financiers au sein de BNP Paribas Securities Services à Paris. En 2007, elle rejoint le gro... Lire la suite Voir plus
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