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Mis à jour : 28 juin 2026, 12:31
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Quelles stratégies de résilience pour l’Afrique face à  une sévère crise économique mondiale en gestation ?

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C’est un secret de polichinelle, la Russie veut imposer son influence géopolitique, géostratégique, militaire et économique dans l’optique de bouleverser l’ordre mondial prôné par les occidentaux avec à  leur tête les Etats-Unis.

Depuis plus d’une semaine, la Russie du Président Vladimir Poutine mène une opération militaire en Ukraine. Les raisons qui motivent une telle opération sont appréciées diversement par les deux parties belligérantes et leurs différents alliés. Toutefois, depuis le début des hostilités russes et la montée en puissance des hommes de Poutine sur le théâtre des opérations, on assiste à  une vague de sanctions occidentales destinées à  étouffer l’économie russe. A titre de rappel, la Russie est le premier partenaire énergétique de l’Europe (gaz naturel et pétrole en particulier). De cette position stratégique tenue par la Russie, les activités économiques de l’Europe pourrait être mises à  mal. 

Selon les chiffres officiels, elle fournit 40% du gaz européen (soit 20% du gaz français et environ 60% du gaz allemand si on prend en compte le démarrage effectif du gazoduc Nord Stream 2). Il est aussi important de signifier que le monde entier fut en phase de relance économique avant la prise de ces sanctions suicidaires pour les Occidentaux eux-mêmes et pour l’Afrique inévitablement. 

Des sanctions aux répercussions pour tous 

En effet, le caractère suicidaire des sanctions prises s’explique par plusieurs raisons. D’abord, l’Europe est dépendante du gaz russe, particulièrement du point de vue statistique : il est prouvé qu’aucun pays producteur ne peut combler la part des 40% fournis par le pays dirigé par Poutine. Pas même le Qatar ou les Etats-Unis avec leur GNL (Gaz Naturel Liquéfié). Concernant le GNL, la situation géographique des Etats-Unis par rapport à  l’Europe (8000 Km), le coût revient très élevé (deux fois plus cher que le gaz russe), la situation économique actuelle de l’Europe et d’autres paramètres industriels et logistiques non-maîtrisés ne permettront pas à  ce pays de prêter main forte aux Européens dans un contexte de solidarité diplomatique internationale. 

De plus, l’Ukraine, qui était jusque-là  un partenaire stratégique et privilégié de l’Union Européenne à  cause de sa fourniture en blé, en métaux précieux, mais également parce qu’elle constituait un point de transit du gazoduc russe qui approvisionne l’Europe, est entrain de lâcher leste face à  la prégnance militaire russe. Evidemment, les premières répercussions économiques de cette crise en Europe de l’Est, combinées aux sanctions économiques auxquelles les russes sont censés faire face sont les suivantes : crises pétrolières, du gaz, des céréales, et augmentation du coût du transport maritime avec la fermeture de plusieurs autoroutes maritimes, inflation générale au niveau de l’Europe, pénurie de certains produits… 

A court et moyen termes, cette crise pourrait asphyxier l’économie européenne qui n’a pas encore été capable de régler sa dépendance énergétique vis-à -vis de la Russie. Cette problématique se pose avec plus d’acuité d’autant plus que l’Allemagne, la première puissance économique d’Europe, dans l’optique de s’approvisionner en gaz, a initié avec la Russie la construction d’un gazoduc de plus de 2500 km de long reliant les deux pays. C’est un projet de plus de deux milliards d’euros que l’Allemagne pourrait sacrifier sur l’autel de la solidarité internationale. Aussi faut-il ajouter que l’Allemagne a renoncé à  ces centrales nucléaires pour des raisons de réchauffement climatique et de développement durable. 

L’économie africaine n’échappera pas

Dans un tel contexte, dont la Chine serait vraisemblablement le grand gagnant en termes économiques, que deviendrait l’économie africaine ? Quelles sont les stratégies de résilience économique de l’Afrique face à  ce bouleversement mondial en cours ? Ce questionnement s’avère crucial et important eu égard au fait que l’économie de l’Afrique est encore au stade primaire. De plus, elle dépend des fluctuations des cours de matières premières sur l’échiquier du commerce international. Ce questionnement se justifie par le fait que les pays dits développés ne s’en sortiront pas économiquement au regard des probables chocs pétroliers, gaziers et céréaliers. De même que l’Afrique, moins développée, peine encore à  se remettre des Programmes d’ajustements structurels (PAS) de la décennie 1980-1990, n’a aucune influence sur la fixation du prix de matières premières et dépend fortement du commerce mondial.

Ainsi, l’Afrique subira de plein fouet cette crise économique mondiale naissante, car elle est en proie à  une faiblesse structurelle et une économie caractérisée par une précarité des emplois avec une prédominance des activités informelles. De façon concrète, les intrants des produits agricoles (engrais, pesticides…) et industriels (clinker, calcaire, pétrole et dérivés, gaz, blé…) vont connaître une flambée provoquée par   l’augmentation des coûts du transport maritime et de la manutention portuaire (Dans 47 pays du Golfe de Guinée, ce secteur est monopolistique). Inévitablement, on va donc assister à  une inflation générale en Afrique. La cherté de la vie atteindra par conséquent des niveaux record. 

Penser son propre développement pour survivre

Dans ce contexte, quelles peuvent être les stratégies de résilience de l’Afrique face à  cette imminente crise ? De notre avis, l’Afrique ne dispose d’aucun plan pour y faire face. En réalité, ce continent riche en matières premières et en ressources de tout genre n’a jamais pensé son propre développement. Il a toujours bénéficié des « kits de développement » venus d’ailleurs. Aussi, ces derniers n’ont jamais produit de résultats probants.

Avec toutes ces crises géopolitiques mondiales à  fortes répercussions économiques, il est plus qu’urgent pour l’Afrique de penser son propre développement et sa véritable indépendance. Cela passe par la transformation structurelle de son économie. C’est-à -dire une véritable industrialisation et une intensification des échanges Sud-Sud. Le continent dispose d’énormes potentiels tels que les matières premières, les sources d’énergie (A titre d’exemple, la RDC à  elle seule peut approvisionner toute l’Afrique en électricité), un vaste marché de consommation que l’initiative de la zone franche de libre-échange africaine pourrait (ZLECAF) pourrait rentabiliser, etc. Mais toutes ces initiatives ne peuvent aboutir sans une réelle volonté politique et une souveraineté de nos Etats. 

 

Alain-Serge Kouadio Kouamé 

Doctorant en Géographie

Consultant en développement

Chroniqueur

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